Beau stade, belle ambiance, beau début de match des Marseillais. Et pourtant, on sait comment cela va se passer. À peine est-on pris d'un agréable doute sur l'occasion de Germain. Mais non, sa frappe est si loin du cadre, on sait qu'elle sera à ranger au nombre des occasions-qu'il-ne-faut-pas-manquer-sous-peine-de-le-regretter. L'arbitre est plein d'indulgence paternelle pour les Marseillais, même pas parce que le match a lieu en France, mais parce qu'il a pitié d'eux. Les Espagnols sont très corrects, Godin relève Lopez et Germain, comme gêné d'avoir envoyé au sol des joueurs d'une catégorie d'âge inférieure. Payet sort blessé, en larmes, comme Ronaldo en finale de l'Euro, blessé par Payet. On aimerait que quelque chose vienne contrarier cette fatalité, au lieu de ça Zambo Anguissa fait un contrôle atroce, que seuls trois joueurs* sur le terrain auraient pu aussi exagérément rater ; malheureusement ils étaient tous du côté marseillais. Jadis on aurait été affecté, on serait resté jusqu'au bout en pestant contre le sort, contre l'arbitre, contre la nullité du fautif. Il est vrai aussi qu'on aurait attendu le match avec fièvre, qu'on aurait vibré, qu'on y aurait cru. L'avantage de connaître la fin de l'histoire dès le début, c'est qu'on peut se coucher plus tôt — mais est-ce un avantage ? N'est-ce pas là l'essence de l'à quoi bon ? On garde tout de même un peu de foi dans le football, parce qu'il offre plus qu'aucun autre des histoires originales, et on s'endort en rêvant à un possible retournement de situation.

*Quatre, après l'entrée de Njie.