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15 juillet 2020

Vérité partout (ou erreur)

Sur les sommets on ne croise guère que des Catalans. Chaque fois que s'annoncent des qui parlent fort, des tatoués, des visages fermés, on subodore un Français, mais non, c'est encore et toujours un Catalan. Chaque fois qu'on dit « hola », on nous répond « bon dia », et inversement, peut-être par un dégoût stylistique de la répétition. On a renoncé assez vite aux « bonjour », déjà parce qu'on était incertain de notre position par rapport aux bornes frontière, toutes abattues, peut-être pas par la neige seule, surtout parce qu'on ressentait assez ce qu'il avait d'inconvenant pour des Catalans : quoi qu'il en soit, en deçà ou au delà de la frontière, nous sommes dans les Pyrénées, et en Catalogne.

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07 juillet 2020

5 juillet

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Je pensais avoir atteint le pic de la Dona qu'une statue mariale et une croix couronnaient. Mais m'approchant je ne trouve qu'une pierre dressée et une barre de métal. L'esprit avance plus vite que les jambes, je ne suis qu'à Serre Gallinière (2294 m), et le territoire vient confirmer la carte en lâchant un lagopède apeuré. Parfois on croit voir la Vierge et on ne trouve qu'une poule. Plus tard je possèderai la Dona (2702 m), je vaincrai le Géant (2881 m), qui porte bien son nom — je n'étais pas de taille, maintenant je le suis —, et je reviendrai de l'Enfer (2859m), itou. Après : la vallée, les lacs, les isards et les rhododendrons, la maison.

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30 mai 2020

Recurring content

Mon fils de quatre ans m'a dit : « Papa, je suis content d'exister ! » Le plus insupportable dans les mots d'enfant, c'est le contentement du parent qui le répète, car c'est un contentement de soi ; et en effet, je me sentais à l'origine de tout cela, de son contentement comme de son existence. J'etais plus content encore quand plus tard il m'a dit : « Papa, tu es immense. » Tout est relatif bien sûr, mais voilà bien un compliment que je ne suis pas prêt de réentendre. Cela m'a contenté. 

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16 mai 2020

La femme de cinquante ans (Comédie humaine, 5 bis)

Quand j'étais petit, il y avait plusieurs Balzac en vieille édition de poche dans la bibliothèque du salon. Quelques titres m'ont marqué, parmi lesquels La Fille aux yeux d'or et La Femme de trente ans. La première avait mes faveurs, et pourtant aujourd'hui c'est la seconde qui me séduit. J'ai vieilli. J'aime ce titre pour la contradiction entre le défini de l'article et le vague de la catégorisation : juste un sexe et un âge. Ce n'est pas Une femme de trente ans, ce n'est pas juste un personnage, on pressent la généralisation, mais une généralisation qui s'arrête bien avant l'universel. J'avais ressenti le même type de plaisir à la lecture de L'Amour et l'Occident de Denis de Rougemont. Il y définissait un cadre, l'Occident, aux frontières incertaines, mais pas tant que ça, et cela changeait des prétentions freudiennes à cerner un psychisme universel, du sauvage à l'homme des salons viennois : il réintroduisait l'histoire.

Dans Modeste Mignon, la duchesse de Chaulieu a cinquante-six ans. On l'a déjà rencontrée dans les Mémoires de deux jeunes mariées, elle est la mère d'une des deux héroïnes. Elle a alors trente-huit ans, elle est belle comme un ange. Sa fille annonce : « Si elle est ainsi à quarante, elle sera belle encore à soixante ans. » Canalis est déjà son protégé. Sachant que courtisant Modeste Mignon il a vingt-neuf ans, il faudrait qu'il en ait alors onze. J'imagine qu'il y a des spécialistes chargés de compiler ce genre d'incohérences, elle n'a guère d'importance, la duchesse de Chaulieu ne fait que passer, en mère indifférente, dans les Mémoires de deux jeunes mariées. La cohérence interne de chaque œuvre est plus importante : il faut que Canalis soit encore jeune, pour plaire à Modeste Mignon, et lui donner le change.

La duchesse de Chaulieu aurait pu être plus jeune. Fallait-il en effet qu'elle ait dix-sept ans de plus que Canalis, alors que les années d'écart dans ce sens valaient bien double ? Dans les Mémoires, sa fille meurt à trente ans. « J'ai trente ans, voici le plus fort de la chaleur du jour passé, le plus difficile du chemin passé. Dans quelques années, je serai vieille femme, aussi puisé-je une force immense au sentiment des devoirs accomplis. » En réalité, elle ne les a pas encore, une lettre ultérieure nous l'apprend : « J'ai trente ans bientôt, et à cet âge une femme commence de terribles lamentations intérieures. » Trente ans, ce serait le zénith de la beauté féminine, l'âge auquel la jeune Louise de Chaulieu, devenue baronne de Lacumer, souhaita déjà mourir. J'en reviens à sa mère la duchesse de Chaulieu. Pourquoi lui donner cinquante-six ans ? Peut-être parce que chaque œuvre est inscrite dans les événements de son temps et que ses protagonistes sont plus ou moins soumis à cette réalité. Canalis n'a pas d'âge dans les Mémoires, la duchesse en a un, il faut donc qu'elle le garde. Peut-être aussi fallait-il la vieillir pour ne pas lui donner l'âge de Madame Hańska, dédicataire de Modeste Mignon, et plus sûrement inspiratrice de la jeune héroïne. Et la comtesse, qui n'avait plus vingt ans depuis longtemps, ne fut peut-être pas mécontente de lire ces lignes :

« Sur ce mot, la duchesse, femme de taille moyenne, mais un peu trop grasse, comme le sont toutes les femmes de cinquante ans passés qui restent belles, se leva, marcha vers le groupe où se trouvait Diane de Maufrigneuse, en avançant des pieds menus et nerveux comme ceux d'une biche. Sous sa rondeur se révélait l'exquise finesse dont sont douées ces sortes de femmes et que leur donne la vigueur de leur système nerveux qui maîtrise et vivifie le développement de la chair. On ne pouvait pas expliquer autrement sa légère démarche qui fut d'une noblesse incomparable. Il n'y a que les femmes dont les quartiers de noblesse commencent à Noé, qui savent comme Éléonore être majestueuses, malgré leur embompoint de fermière. »

Le portraitiste n'élude pas les défauts, ce n'est pas son genre : si Madame Hańska n'a plus l'âge de Modeste Mignon, lui n'a jamais eu les traits du pur La Brière. C'est lui qui comme Canalis était le destinataire des lettres de l'admiratrice, et c'est lui qui, pour l'impressionner, fit peindre sa calèche à ses armes. Fanfaronnade, mais Balzac est trop grand pour s'épargner lui-même.

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05 mai 2020

Bergamasques

Dans la salle d'attente, une jeune femme musulmane, coquette, a assorti les couleurs de son masque et de son voile. Je surprends le regard qu'elle jette à une femme simplement masquée, et son sourire de prosélyte, qui semble dire : « Alors, ce n'est pas si mal, n'est-ce pas ? »

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