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10 avril 2019

Tuileries

Colette Magny - Les Tuileries

Tout est parfait : du très réussi poème d'Hugo, Magny a extrait parmi les plus belles strophes, l'orchestration sobre et poignante, la mélodie, les accents nina-simoniens dans la voix.

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07 avril 2019

Cornélien

En voiture, je change de fréquence et me demande qui peut bien être cette humoriste qui avec un accent bourgeois fait l'éloge de Chimène Badi ? C'est Dominique Bona, et elle est sérieuse. Cela m'a tellement intrigué que je suis allé réécouter le podcast pour vérifier que je n'avais pas rêvé. Certes je n'ignore pas que la chanteuse a ses admirateurs et que ses disques se vendent, mais la chose m'a toujours étonné, moi qui suis absolument insensible à son timbre sans âme et à ses insupportables effets. Et puis une académicienne, tout de même ! Il est vrai que jusqu'à ce soir j'ignorais ce qu'elle avait écrit, à l'exception d' insipides recensions critiques de romans féminins dans un journal non moins féminin. Beaucoup de biographies de femmes célèbres donc, ou à défaut d'hommes à travers les femmes qu'ils ont aimées. Chimène est une femme, good for her, et en plus c'est une voisine, installée dans les Pyrénées-Orientales où Dominique Bona est née. Mais comment sais-je ça ? Pourquoi est-ce que je viens de passer la dernière demi-heure à écouter une émission ennuyeuse à pleurer puis à le raconter ici ? Est-ce que je n'ai rien de mieux à faire, et à dire ? N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?

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02 avril 2019

Néoténie

Hier soir, peinant à m'endormir, je pensais à cette date du premier avril et aux neufs mois qu'il restait à vivre de cette année 2019. Une semaine plus tôt, l'Annonciation proclamait Noël dans neuf mois. Ma conscience en voie d'évanouissement s'émerveillait de la coïncidence de la durée de la grossesse humaine, fût-elle divine, et de cette triade de saisons symbolisant la vie : printemps, été, automne, quand l'hiver n'est que le temps de la mort ou de la dormance. Je ne me contentais pas en mon assoupissement de noter après tant d'autres l'origine païenne, solsticiale, de la Noël chrétienne, mais je faisais de la juste durée de la gestation humaine l'origine de sa suprématie sur le règne animal et de son destin si singulier. Au réveil, je considérais ces réflexions avec la défiance qu'on a généralement pour la naïveté de Bernardin de Saint-Pierre devant un melon, et je jugeais ma bêtise au front de taureau tout à fait bovine : la gestation de la vache dure après tout neuf mois, elle aussi. Mais la nuit m'avait porté conseil, l'hiver du sommeil, cette petite mort, n'était pas passé sans fruit ; la mort fait partie de la vie, les gestations d'une année entière sont bonnes pour les ânes, l'interminable hiver de l'enfance humaine annonce un nouveau cycle aussi long que glorieux.

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31 mars 2019

La matrice

Renée Hamon a été emportée par un cancer de la matrice, écrit Emmanuel Berl. Le mot de matrice a été à peu près supplanté par celui d'utérus, et le contexte médical ajoute ici à la façon étrange dont sonne désormais ce mot. On ne parle plus guère de matrice qu'en un sens figuré, parfois en référence au film Matrix des frères Wachowski, plus rarement au titre français du livre de T.E. Lawrence The Mint. Les Anglo-Saxons ont deux mots pour désigner l'organe, uterus et womb ; selon des sources de hasard auxquelles je ne saurais me fier, le second ne désignerait l'organe qu'en temps de grossesse, quand d'autres prétendent qu'ils sont strictement synonymes mais que les Américains emploient plus volontiers uterus et les Anglais womb. Cette différence d'emploi tient bien souvent plus de l'histoire que de la géographie, témoignant d'une translation récente du centre du monde où la langue se crée. Nous autres Français aurions progressivement abandonné la matrice pour l'utérus par imitation du modèle américain, mais c'est encore peu dire : la matrice porte en elle l'idée de maternité, et cette référence à la génération est devenue intolérable à ceux qui jugent qu'on réduit ainsi la femme à son rôle de mère. Le retour à un état antérieur de la langue, ici le latin, n'est pas toujours le vœu des réactionnaires ; il sert parfois à débarrasser le langage du sens qui au fil du temps s'est sédimenté en lui. Cratyle sans doute n'aimait pas beaucoup l'histoire.

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28 mars 2019

Mi-carême

Le carême est pour moi un temps ordinaire, je ne connais personne qui modifie en cette période son régime alimentaire, sinon ma grand-mère, mais bénignement : elle disposait près d'elle des sucreries qu'elle s'interdisait de toucher pendant quarante jours. Il ne restait pour moi du carême que des expressions un peu obscures, comme une face de carême, le carême-prenant qu'on entend dans une chanson de Reggiani, et la mi-carême. J'apprends que la liturgie catholique ne tient aucun compte de cette fête carnavalesque, dont l'origine serait française. Cela ne me surprend guère, et m'émeut un peu. Je n'ai que de l'indulgence pour cette frivolité qui commande une pause, à mi-parcours, que rien dogmatiquement ne justifie. Une façon de dire : nous voulons bien faire semblant, mais nous ne sommes pas dans le désert. Dans le même esprit, la définition que Littré donne du longchamps me ravit depuis longtemps : « Promenade que font les habitants de Paris, pendant trois jours de la semaine sainte (mercredi, jeudi et vendredi), par les Champs-Elysées, et où l'on voit les premières modes du printemps ou de l'été. Ce chemin conduisait à l'ancienne abbaye de Longchamps ; ce qui attirait alors les Parisiens, c'est qu'on y chantait les offices avec beaucoup de soin et avec de jeunes et belles voix ; la mode s'en étant mêlée, on a continué, quoique rien n'existe plus de l'abbaye. »

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