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« Eschyle et Sophocle morts, le spectacle d'un tragique lutteur devint l'unique jouissance d'art. » Saint-Pol Roux

28 octobre 2009

Sous-titre

« Micmacs à tire-larigot » : comment peut-on à ce point manquer de goût ? Depuis que je l'ai entendu, je cherche sans succès pire titre d'œuvre, art et industrie confondus. Des extraits entrevus me laissaient espérer un film à la hauteur du titre et je croyais tenir là le plus mauvais film de l'année. Et puis j'ai vu la bande-annonce de Cinéman.

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17 octobre 2009

Du plomb dans l'aile

Un jour je critiquai ici ce préjugé des commentateurs de football qui leur fait systématiquement souhaiter que la balle aille aux ailes, loin de l'entonnoir central : cette obsession du centre lointain n'a de sens que lorsqu'on possède un avant-centre au timing exceptionnel, ce que l'équipe de France actuelle n'a pas, et dissuade d'utiliser des tactiques incomparablement plus efficaces comme les combinaisons à l'entour de la surface et les centres en retrait. Il est un autre préjugé pesant à force d'être seriné, c'est la crainte du déséquilibre offensif entre les ailes. Un Jean-Michel Larqué par exemple est obnubilé par les statistiques de répartition des attaques, progrès technique à peine moins estimable que le fantasque révélateur de hors-jeu. Pour peu qu'un côté n'ait provoqué qu'un cinquième des attaques, aussitôt il s'afflige du déséquilibre et fustige le défenseur latéral pas assez offensif. Il n'est pourtant que d'avoir quelques vagues notions de stratégie militaire pour connaître ce principe que Napoléon appliqua avec succès et dont Jomini avait fait le secret de l'art de la guerre, « la manœuvre très simple de porter le gros de ses forces sur une seule aile de l'armée ennemie ». Jomini en eut la révélation en étudiant le déroulement de la bataille de Leuthen ; on voit que deux siècles avant Lineker, déjà les Prussiens gagnaient toujours à la fin.

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15 octobre 2009

Bord cadre (2)

André-Pierre Gignac possède au plus haut point le sens du but, expression à entendre dans son sens le moins figuré, le plus platement géographique : une capacité instinctive à se repérer par rapport au but et à placer le ballon le plus près possible du poteau. Cela donne le classique intérieur enroulé d'hier soir contre l'Autriche, la subtile frappe fouettée et croisée de samedi contre les Féroé. Pour marquer, il faut cadrer et le faire le plus près des limites du cadre, où le gardien n'est pas ; peu de joueurs tirent de cette évidence toutes ses conséquences. Privé de jeu depuis quatre mois par une blessure sérieuse et un déménagement, rare cas où deux déboires se succèdent à seule fin, semble-t-il, d'annuler leurs effets, j'en suis réduit à me rêver attaquant, c'est-à-dire défenseur qui aurait enfin compris que frapper fort sans souci du cadre est une stupide déperdition d'énergie, que chercher la lucarne est un double risque à réserver aux cas limites, et qu'une frappe rasant le sol et le poteau vaut toutes les mines sur la barre (j'ai beaucoup de mal à m'en convaincre, ne serait-ce que pour des raisons musicales) : consolations pathétiques d'un qui n'est pas sûr de jamais rejouer.

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13 octobre 2009

Au goût du jour

   « J'ai sous les yeux un projet fort bien conçu, ma foi, d'un véhicule qui remplacera du même coup et les voitures funéraires et le four crématoire.
      Le nécromobilisme, quoi !
      L'inventeur, cédant en cela au goût du jour a baptisé son appareil d'un nom anglais, il l'appelle : le Corpse-Car.
      Comme vous avez pu le deviner déjà, c'est le corps du cher disparu qui sert de combustible.
      Le moteur, assez compliqué du reste, est à la fois à vapeur et à gaz.
      La vapeur est produite par l'eau du regretté défunt (le corps humain contient — qui le croirait ? — soixante-quinze pour cent d'eau *).
      Le gaz, ou plutôt, les gaz sont également les produits de distillation du pauvre cher homme (ou de la pauvre chère femme, selon le cas).
      D'après les calculs de l'inventeur, le corps d'un homme adulte de moyen poids peut conduire une douzaine d'invités à un cimetière distant de la maison mortuaire d'environ huit kilomètres.
      C'est, comme on le voit, un fort joli résultat pour une industrie à ses débuts. »

Alphonse Allais, The Corpse-Car.

     * « Le général Boulanger dont vous faisiez un dieu pesait quatre-vingt-deux kilogrammes; il représentait environ soixante-cinq kilogrammes d'eau. Donc, pour quatre-vingt-deux cris de Vive Boulanger ! poussés, vous devez en compter soixante-cinq qui s'adressaient à de l'eau pure. Voilà bien les grandeurs humaines, les voilà bien ! Et Francisque Sarcey, donc! Connaissez-vous Sarcey ? »
Le même, Une Idée lumineuse.

 

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11 octobre 2009

Eau vive

A Gil Blas de Santillane, jouet de la fortune, il arrive tant d'aventures que, sans l'industrie de Lesage, le cours de sa vie aurait la violence et la turbidité d'un torrent. Des canaux de dérivation, des biefs, des bras morts et des affluents que l'on remonte pour l'agrément du canotage, modèrent le débit, permettent le bain dans une eau fraîche et limpide, et laissent voir le fond, de galets brillants. De temps en temps on franchit un rapide avec ivresse, comme dans cette phrase vertigineuse où les temps se carambolent : « A ces mots, je ressentis une joie toute des plus vives, et je sus si bon gré à mon maître de s'être souvenu de moi, que je me promis de bien prier Dieu pour lui après sa mort qui ne manqua pas d'arriver bientôt. »

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09 octobre 2009

Ne pas oublier Palermo

Le football est plein de beaux noms de joueurs, admirés puis oubliés car partis pour des cieux lointains ou des divisions inférieures, qu'on a un jour le plaisir d'entendre à nouveau. C'est alors la résurgence d'actions d'éclat et d'années lointaines, d'actions lointaines et d'années d'éclat. Martin Palermo a marqué dimanche un but de la tête de plus de quarante mètres et plus que du record, anecdotique, ou de la qualité du geste, la joie provient du souvenir de ce physique d'acromégale pataud, de ce nom, qui évoque tout à la fois Martín Fierro et le quartier où Borges passa son enfance et puisa tant, de ce muret, écroulé par les supporters de Villareal en joie, qui lui brisa la jambe, de ces trois pénaltys ratés dans le même match, contre la Colombie, quel courage et quelle folie !

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05 octobre 2009

De positions et de mouvement

Les rédacteurs de Canal Football Club ont beaucoup de vice, et un peu d'imagination à son service. A l'habituel ressassement des erreurs d'arbitrage, ils ont ajouté hier une plaisante innovation, des extraits d'invectives entre joueurs et entraîneurs adverses, après match, sur le chemin du retour aux vestiaires. Ainsi la télé continue son lent travail d'investissement de l'enceinte du stade. Après les tribunes et les vestiaires, elle étend son intrusion aux couloirs et à leur atmosphère qu'elle cherche avec opiniâtreté à corrompre, pour accélérer son dessein : l'extension de son empire au terrain, théâtre des rêves et des opérations rentables. Et pour se justifier, elle assène : le recours à la vidéo est une nécessité aussi irréversible que le cours du temps, on ne saurait aller là-contre. On le doit, pourtant.

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