planes

03 juin 2019

Theatrum Mundi

L'applique au-dessus de l'évier éclaire comme une poursuite, je fais la vaisselle en contemplant le spectacle. Une petite mouche passe, en marchant sur les carreaux, devant une araignée gracile qui la suit du regard, puis des pattes, mais l'insecte se tient à distance de la toile et peut s'envoler. Je n'ai pas la prétention de croire que la toile a été tissée ici à mon intention ; l'applique offre un support transversal de choix et sa lumière attire toutes les bestioles volantes. Elle est tout de même restée là grâce à moi, et à mon grand-père qui jadis m'a appris à les épargner, à préférer aux mouches les araignées, et à jouir de ce genre de spectacles — il passa, lors d'un de ses derniers étés, des heures immobiles à guetter les sorties furtives d'un beau lézard vert. Quelques minutes plus tard, la mouche revient et son vol s'interrompt dans le piège, l'araignée se précipite pour l'emprisonner avec de grands gestes de fileuse. Je n'ai pas le temps d'admirer, ni de m'apitoyer, la mouche a trouvé la ressource de s'extraire et s'en va se poser vingt centimètres plus loin, sous le regard, toujours insondable, de l'araignée.

Puisqu'il est question de regard, et de réel, je ne peux que recommander à chacun d'aller jeter un œil sur un résumé du combat entre Joshua et Ruiz. Le regard du second est très beau, quand il est envoyé au tapis dans la troisième reprise, regard vers son adversaire puis vers l'arbitre, regard d'une grande douceur ; plus tard, regard poignant de Joshua, bel homme qui se croyait sans doute invincible, et qui vient de se heurter au réel, incarné par un boxeur obèse et tatoué. Comme tout le monde j'ai repensé au combat de Tyson contre Buster Douglas, et j'ai même trouvé moyen de le regarder en ligne. Cela m'a donné envie d'organiser des soirés boxe, auxquelles je convierai quelques amis à regarder de grands combats de l'histoire. Et comme je n'aime pas le whisky ni ne fume, on boira de l'antésite et on louera une machine à faire de la fumée, en souvenir du bon vieux temps que nous n'avons pas connu. 

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23 mai 2019

Singes nés, comédiens et martyrs

Les genêts sont en fleurs depuis plusieurs semaines, mais il a fallu une journée chaude et ensoleillée pour qu'au jaune s'ajoute l'inestimable : le parfum. On est transporté soudain sur le plateau ardéchois, dans les Cévennes ou au sommet de quelque bas col pyrénéen, dans un paysage qu'on dirait volontiers olfactif, si le mot n'était si laid. Plus tard, sur la terrasse, j'observe les martinets tournoyer dans le ciel rose et bleu, alors que les cyprès sous la lumière rasante font de drôles d'ombres. L'heure est mélancolique, il en a toujours été ainsi, mais le nouveau est sans doute que le sentiment de finitude s'est déplacé de l'homme au monde : est-ce possible que toute cette beauté bientôt disparaisse ?

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21 mai 2019

Nouvelles, roman

Martin dormait dans son siège auto, j'étais obligé de rester dans la voiture, soudain doté d'un temps dont je ne savais que faire. Depuis plusieurs mois, un livre languissait dans la portière : Le professeur et la sirène, du prince de Lampedusa. J'aime beaucoup Le Guépard, bien plus le livre que le film, et les premières pages du recueil me plurent : une préface de Bassani, une description des demeures où le prince passa son enfance. Il y avait même un beau passage sur l'utilité des mémoires écrits par les vieillards, sur l'obligation qu'on devrait leur faire de les composer et du profit que l'humanité en tirerait. Je comptais le copier ici, mais depuis trois jours que je le cherche j'ai renoncé à retouver mon exemplaire du recueil. Est-il tombé de la portière où il avait trop longtemps attendu ?

Dans la chambre de mon autre fils, un exemplaire de À l'ombre des jeunes filles en fleurs, en poche, dont je reprenais la lecture chaque fois que je veillais à côté du lit. Je grappille encore de temps en temps une page ou deux, chaque fois rassasié d'intelligence malgré la frugalité de la prise. Les jeunes filles dissertent sur Sophocle et Racine. « Pendant ce temps, je songeais à la petite feuille de bloc-notes que m'avait passée Albertine : "Je vous aime bien", et une heure plus tard, tout en descendant les chemins qui ramenaient, un peu trop à pic à mon gré, vers Balbec, je me disais que c'était avec elle que j'aurais mon roman. » Le double sens  du mot roman est plus qu'habile : il dit combien histoire d'amour et fiction littéraire sont analogues, quand elles sont écrites par un esprit fort et ambitieux.

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12 mai 2019

Sex Shop

Pourquoi regarder Sex Shop (Claude Berri, 1972), me demandais-je. Quand j'avais quinze ans, TF1 diffusait encore des films le dimanche soir, celui-ci devait l'être en deuxième ou en troisième partie de soirée, et son titre, son sujet et mon âge justifiaient assez que je veillasse. Plus tard, je ne retins du film que la musique de Gainsbourg, que j'aimais beaucoup. Mais aujourd'hui, le début du film m'ennuie, Claude Berri joue médiocrement, ses répliques débitées sans naturel paraissent très écrites, et pas forcément très bien. Enfin, Jean-Pierre Marielle entre en scène, son texte qui n'est pas meilleur le semble pourtant considérablement, cette façon par exemple de parler de sexualité de groupe « comme dirait le Nouvel Observateur ».  Berri, intimidé à l'autre bout du fil, tout à coup me fait penser à Houellebecq. La ressemblance est physique, mais voir Berri excité à l'idée de goûter au libertinage et tout de même coupable de tromper sa femme, en un mot : malheureux, me pousse à étendre le parallèle à des considérations moins anecdotiques. Sex Shop, film moyen, montre tout de même avec une belle lucidité la marchandisation de l'amour physique. Quand le héros se retrouve au lit avec deux très belles filles nordiques, on comprend que Berri ait choisi d'incarner le personnage, mais on voit surtout apparaître l'obsession contemporaine du threesome, cette bonne affaire quantitative qui s'est discrètement échappée du porno pour envahir la comédie mainstream. J'imagine que la littérature érotique a exploré depuis longtemps ce champ, je la connais mal, et je n'ai guère lu Sade que j'imagine en précurseur du lieu commun. Autre obsession : le personnage joué par Marielle est tourmenté par le désir de voir sa femme faire l'amour à un autre homme. Étrange manège, répandu paraît-il, et pas que parmi les impuissants, qu'un esprit plus vif que le mien trouverait profit à analyser. Le mien s'en tiendra à ce constat : Juliet Berto est très bien.

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10 mai 2019

Dis, mais... agis surtout !

Devise ? Je fais tout mon possible pour aller de l'avant.

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