planes

11 janvier 2018

Le Vent d'hiver

« Le champ est libre pour les plus aptes : nul encombrement des chemins pour gêner leur marche, nul gazouillis mélodieux et innombrable pour couvrir leur voix. Qu'ils se comptent et se reconnaissent dans l'air raréfié, que l'hiver les quitte unis, compacts, au coude à coude, avec la conscience de leur force, et le nouveau printemps consacrera leur destin. »

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01 janvier 2018

2018

Que l'année qui commence ne cesse de commencer !

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15 décembre 2017

Pour tout bagage (J.15)

Je tombe par hasard sur quelques minutes de L'Auberge espagnole, qui me plaisent plutôt. Judith Godrèche y est jolie, j'avais oublié qu'elle existait, une réminiscence pourtant m'assure du contraire : je l'ai revue il y a peu de temps. Mais non ! C'était Laetitia Hallyday. J'avais vu le film au cinéma, avec quelques amis, et je me souviens d'un franc enthousiasme : nous étions un peu plus jeunes que son héros, Barcelone n'était pas si loin et tout était encore possible. Nous regardions aussi les exploits de footballeurs plus âgés que nous en pensant « un jour, ça sera peut-être moi » ; quand nous avons atteint l'âge de nos idoles, nous nous identifiions encore ; désormais que nous sommes plus vieux que le plus chevronné de tous, nous n'avons plus qu'à nous souvenir : « je n'étais pas trop mauvais tout de même ». La dernière fois que j'ai tapé dans un ballon, après trois ans de pause, j'ai joué les deux tiers du temps dans les buts, je ne pouvais plus courir. A vingt ans, je me serais complu dans ce constat mélancolique ; mais si je n'ai plus mes jambes de vingt ans, je n'en ai plus non cette passion pour le malheur.

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12 décembre 2017

Joyeux anniversaire mon fils !(J.12)

Une note pour dire que Johnny s'était choisi avec les Etats-Unis un modèle honorable, une autre pour déplorer le factice des célébrations officielles et supposer qu'il prend source dans une soumission de valet devant ce même modèle américain : il faut une note de synthèse pour essayer de me faire comprendre — et le fait de n'être pas lu ne doit pas me dissuader de le faire, c'est un confort, on gagne toujours à se passer d'un confort et toujours aussi à se rendre compréhensible. A la relecture, j'avais un peu honte de la formule "productions étasuniennes", c'est l'éternel problème de ces habitants sans nom propre, et le plus circonstanciel problème du soupçon d'anti-américanisme. Il y a dix ou quinze ans, c'était une arme de destruction massive, puis l'accusation de complotisme a pris sa place, puisqu'il n'y avait pas de raison d'être critique des Etats-Unis sous Obama, et une seule de l'être depuis : Trump lui-même.

Il y a quelques mois, le hasard m'a fait regarder consécutivement Crazy Amy de Judd Apatow et Joséphine d'Agnès Obadia. Il s'agit de deux comédies romantiques dont l'héroïne est une trentenaire presque jolie, l'une ossue l'autre fessue, admiratrice de Woody Allen, femme active accomplie en quête d'amour, et jalouse de sa sœur. Crazy Amy est inégalement drôle, Joséphine uniment pathétique ; l'un est écrit, l'autre pas, il a été vaguement dessiné, la bande dessinée n'est souvent que cela, l'alliance d'un demi-écrivain avec un demi-peintre, parfois il s'agit du même, souvent les fractions sont moins flatteuses. Ici la réalisatrice, sorte de Mouret au féminin, a un passé d'auteur, mais ce n'est qu'un passé et le film consacre l'alliance de deux paresses. Il n'y a aucune invention, même pas de savoir-faire, ce n'est pas un travail de faussaire, ce n'est pas un travail.

La rencontre entre les deux films n'était que fortuite et il ne faudrait pas en tirer des généralisations abusives, ni plus qu'une analogie avec le cas Johnny Hallyday. Les Américains sont de notre époque les maîtres du monde, d'autres civilisations avant eux l'ont été et chacune à son apogée s'est distinguée dans ses productions artistiques par le raffinement de son humour et la finesse de son analyse psychologique, qui ne sont peut-être que les deux facettes d'une même qualité — faute de mieux, nous la nommerons intelligence. A son apogée ? Peut-être cette qualité est-elle plutôt le propre des empires finissants, du moins vieillissants, plus lucides que conquérants ? Proust alors n'enterrerait pas que l'aristocratie en voie de disparition, mais aussi la France de la Belle Epoque.  Qui sait ? Pas moi, qui voudrais simplement que les Etats-Unis nous servent de surmoi plutôt que d'Idéal du Moi, qu'autonomes nous soyons capables d'obéir à notre propre loi, d'autant qu'elle est universaliste, plutôt par exemple qu'à ce commandement ignoble « le temps, c'est de l'argent ». Le temps, c'est tout sauf ça.

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07 décembre 2017

Ça ne meurt pas un homme (J.7)

On a beau suivre ça de loin, quelques minutes de radio dans la voiture, quelques autres de télé dans le canapé, le temps d'entendre notre président évoquer un chanteur « populaire dans le bon sens du terme », ce qui est toujours déplaisant, le temps de voir Vincent Perrot parler sérieusement de la pensée politique de Johnny, le temps surtout d'assister à une surenchère commémorative et à une obsession de son organisation, tout ce temps, c'est le nôtre. Etre absolument moderne, ce n'est pas être de ce temps, mais être dans ce temps. Les gens qui aiment rappeler qu'ils n'ont pas la télévision, font-ils du temps ainsi sauvé autre chose que cette forfanterie ? Le temps passe, et c'est heureux. Johnny avait une chanson qui disait « ça ne change pas un homme, un homme ça vieillit », voyant Vincent Perrot hier je n'étais pas sûr de la pérennité du constat, je ne l'ai reconnu qu'à sa voix, il n'avait pas vieilli, il avait changé. Je me souviens d'articles d'Andrée Viollis pour le Petit Parisien, elle était envoyée spéciale au chevet d'Anatole France mourant, mais qui tardait à mourir, ça en devenait presque un gag, ce n'est pas sans analogie avec l'agonie de Johnny Hallyday, mais c'était plus spontané comme l'étaient sans doute ses obsèques, populaires, quoique déjà nationales. Obsèques nationales, est-ce une nation qu'on enterre ? France, c'était la France, Hallyday, aussi sans doute, la France de son temps, obnubilée par les productions étasuniennes. Il faut voir avec quel plaisir masochiste les journalistes rappellent, seule note discordante, à quel point les Américains l'ignoraient et ne cessaient de le faire que pour nous moquer de l'aimer. Un panda s'éveille, une idole s'éteint, la Chine attendra, l'idole, la vraie, n'est pas morte, et le zèle avec lequel on la célèbre, au sommet de l'Etat, est celui d'un valet.

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