planes

07 août 2018

Ascendant lion

Mon grand-père, s'il avait vécu au-delà de 1991, aurait eu cent ans aujourd'hui.

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04 août 2018

Un sot est un sot

Allongé sur le tapis au pied du lit de mon aîné, il y a dix minutes, je cherche à le persuader qu'il a tort de retenir ses selles, en prenant garde de n'exagérer ni l'importance que cela a pour nous, ni la dépréciation de ces matières naturelles, et je ne trouve qu'à dire : « le caca, c'est le caca.» Intérieurement, je raille mon éloquence, je pense à Barthes lu à vingt ans, âge impressionnable, et sa condamnation de la tautologie poujadiste : « un sou est un sou ». Et j'étais tout fier alors de dénoncer les tautologies comme d'autres traquent les lieux communs, manie qui aujourd'hui m'agace et caractérise à mes yeux le critique qui fait le malin. La phrase maintenant me paraît moins ridicule que le personnage qui la prononce dans l'imaginaire de Barthes, sans doute un épicier avide, petit-bourgeois de droite. Qu'on la mette dans la bouche d'un pauvre hère, pour qui un sou est partie non négligeable d'une économie de subsistance, elle perd son indignité. Je pense au jeune Pierre-Jakez Hélias qui ramassait les clous. La tautologie est sans doute l'aveu d'un échec stylistique, mais pas un marqueur social. Et je me rappelle que tout à l'heure, alors que je marchais aux côtés de connaissances toutes neuves, j'ai vu sur le sol une pièce de deux centimes, qu'un fugace mais intense débat intérieur s'est conclu par ma décision d'ignorer la pièce, soucieux de l'opinion que mes hôtes pourraient se faire de mon abaissement. Et bien que tout cela n'ait pas d'importance, le caca, les deux centimes, ce que les gens pensent de moi et ce que j'en imagine, et plus que tout cela ces mots ineptes écrits dans l'attente du sommeil, celui de mon fils puis le mien, je me rends compte qu'en ne ramassant pas la pièce je me suis en quelque sorte trahi.

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31 juillet 2018

Breaking evil

Walter White, incarnation de la mauvaise conscience des scénaristes. Génie du mal, quoique guidé par de bonnes intentions : mettre sa famille à l'abri du besoin, et durer suffisamment longtemps pour le faire. Sa survie est d'abord conditionnée par la réussite de son entreprise, par son succès public ; puis, une fois qu'il est assuré, c'est l'hybris qui mène Walter White, car une série pour durer doit renouveler ses artifices et tendre vers l'inflation. Le spectateur ne peut s'identifier au héros principal, c'est d'ailleurs la principale faiblesse de Breaking Bad qui en atténue la portée cathartique. Il lui reste Jesse Pinkman, l'éternel adolescent, le manipulé, l'aboulique, le drogué, le minable au bon cœur qui pourrait bien faire s'il se libérait de l'emprise de Walter White, et de la drogue, le spectateur en somme. Existe-t-il série qui mette plus parfaitement en scène le principe d'addiction qui la commande ? Il a fallu un certain courage aux scénaristes pour interrompre la série à la fin de sa cinquième saison, malgré le succès. La série et la vie de son héros sont synchrones, leur extinction sera simultanée. Walter White mort, Jesse Pinkman, au volant de son bolide, explose la barrière de sa prison, enfin libre.

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30 juillet 2018

Utopie

Souvenir de film : les enfants de L'Argent de poche qui se racontent l'épisode de Colombo passé à la télé la veille et qu'un n'a pas pu voir, ou voir en entier. Est-ce qu'aujourd'hui on se raconte les séries ? Il semble que tout le monde regarde La casa de papel, j'en entends parler autour de moi, mais jamais de l'histoire : la version de Bella Ciao, les masques, le remontage par Netflix et une appréciation positive mais jamais enthousiaste, voilà tout ce que j'en sais, qui ne me donne pas envie d'y aller voir de plus près. Les séries semblent être un médiocre sujet de conversation, limité souvent à une liste des séries que chacun regarde, qui comme toute liste en dit plus long sur son auteur que sur son sujet. Je m'étais pris d'intérêt pour Dr House il y a quelques années, série policière dont le coupable est un virus ou une bactérie dans un premier temps au-dessus de tout soupçon. Comme plusieurs millions de Français, je la regardais sur TF1 en version doublée et je me souviens que lors de l'acmé mélodramatique de la série, la mort d'Amber, je rêvai à cette foule immense, séparée par des murs, mais secouée d'une même émotion, intense et simultanée. Nous n'étions pas dans un même lieu comme au cinéma, mais nous regardions et ressentions dans le même temps. 

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19 juillet 2018

DDD Chant

J’ai peu de souvenirs du joueur Didier Deschamps. Je moquais le manque de puissance de sa frappe de balle, je méconnaissais ses qualités techniques tant il en faisait peu étalage sur le terrain, probablement aussi ses qualités physiques à une époque où les statisticiens ne les quantifiaient pas. C’était ce qu’on appelait un porteur d’eau, au service de l’équipe et plus particulièrement de Zidane, un élément indispensable à la victoire : la seule image qui me reste, c’est d’ailleurs lui soulevant des trophées. Et sur le terrain, une habitude : se placer systématiquement devant le ballon quand l’adversaire obtenait un coup franc.  En rugby, un tel geste est sanctionné ; en football, il ne l’est quasiment jamais, et je me souviens qu’on le mettait plutôt au crédit de Deschamps et de la science tactique acquise en Italie — sans que je sois bien sûr qu’il l’ait appris là-bas.

J’aime bien Deschamps, je pense que contrairement à ce que croient beaucoup de Belges et de non Belges la France a été bien meilleure que la Belgique en demi-finale, qu’elle a été lamentable en première mi-temps contre la Croatie mais qu’elle aurait sans doute, sans l’aide de la VAR, réussi à s’imposer physiquement en seconde mi-temps, bref qu’elle mérite sa victoire lors de cette coupe du monde, et j’étais pourtant un peu amer dimanche que cela se soit passé ainsi, pas parce que notre jeu était défensif, cela n’a guère de sens, mais parce qu’il utilisait pour rompre la continuité du jeu des procédés de qualité inférieure. Seule la victoire est belle, dit-on. On se trompe. C’est l’histoire qui compte. Maintenant que nous avons gagné, nous allons peut-être pouvoir jouer.

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