planes

19 février 2019

Ils

Il ne faudrait pas que cela devienne une mauvaise habitude, mais à nouveau j'ai la faiblesse de raconter l'un de mes rêves. Il est en deux volets qui semblent sans rapport, et qui pourtant sont inséparables : cette certitude me vint dès l'éveil. Dans le premier, je m'efforce d'alimenter avec efficacité mon poêle à bois, mais j'ai beau le charger comme un soutier jadis sa machine à vapeur, le feu ne prend guère ; c'est que je mets les bûches trop haut dans le poêle, loin du foyer et de toute possiblité de combustion. Le rêve n'est pas dénué de fondements réalistes directement empruntés à mon quotidien, mais la certitude dont j'ai parlé plus haut le lie au deuxième volet politique et en confirme la portée d'allégorie d'ailleurs tout à fait transparente. Dans ce deuxième volet, j'assiste à une charge médiatique contre Macron : il aurait une relation avec une jeune maîtresse et les chroniqueurs politiques jugent sévèrement ce manquement à la fidélité conjugale. Au fur et à mesure du rêve, je comprends que les commentateurs en question sont complices du pouvoir, qu'ils feignent de révéler et de critiquer une affaire qui n'est que mise en scène. Le but caché est de rendre le président humain, coupable d'une faute pour laquelle les Français seraient volontiers indulgents ; sa cote de sympathie remontent en effet nettement. Je me suis réveillé alors avec un sentiment de culpabilité diffus : je venais de faire preuve de complotisme. Ils ont réussi à restreindre ma liberté narrative jusque dans mes songes, là où je la croyais inaliénable.

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05 février 2019

Peau de chagrin

Mektoub my love : canto uno va passer à la télé, cela me donne l'occasion de voir une bande-annonce du film. La conjonction d' images d'une jeune actrice en son short très court et d'autres d'une plage sétoise, me fait penser au dernier mot que l'on prête à Paul Valéry. Dans sa bibliothèque, désignant tous les beaux ouvrages patiemment amassés, il aurait dit : « Décidément, tout cela ne vaut pas un beau cul. » L'authenticité de la parole semble douteuse, mais le concept même d'authenticité est douteux. Comment faut-il la comprendre ? Valéry s'attaque-t-il à la bibliophilie, cette passion des cuirs rares dont la beauté jamais n'égalerait celle de la peau humaine ? À la manie du collectionneur, qui défie la finitude dans un combat perdu d'avance ? À la littérature, dont les plus étincelantes réussites seraient ridiculisées par les merveilles de la nature ? À l'intelligence humaine, dont les constructions savantes, simulacres et manigances plutôt que sublimation, ne serviraient qu'à masquer l'appétit animal et l'instinct de reproduction qui les fondent ? Peut-être tout cela. Cette consécration de la beauté des fesses n'est pas neuve, on peut toutefois noter qu'elle a récemment gagné des adeptes dans le beau sexe, qui jusque là n'était qu'admiré ; il semble admis aujourd'hui que les femmes sont aussi sensibles que les hommes aux êtres callipyges. Il est permis de trouver là un indice jamais évoqué de l'évolution des consciences vers l'égalité des sexes et l'effacement des genres : l'accession des femmes au sentiment esthétique du beau cul.

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01 février 2019

Garce (Littré)

« Autrefois garce n'avait aucun sens déshonnête ; c'était simplement le féminin de garçon, et ce mot signifiait jeune fille. Le sens ancien s'est conservé dans quelques localités ; C'est une fameuse garce, est un éloge peu compris que recueillit Mme de Staël dans un petit canton du Vendomois, où elle passa quelques jours d'exil, Honoré de Balzac, les Chouans. Cette tendance à prendre les mots en mauvaise part produit de fâcheux effets. Garce avait un sens très-bon, on l'a rendu déshonnête ; il a fallu prendre fille. Aujourd'hui fille est devenu déshonnête à son tour en certains cas ; on ne peut plus dire une pension de filles ; il faut dire : de jeunes filles ou de jeunes personnes ; où s'arrêtera-t-on ? »

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31 janvier 2019

Une ambitieuse

La note précédente répertorie les rôles joués au cinéma par la jeune Nadine Tallier, devenue baronne de Rothschild juste avant sa dernière apparition dans Une Ravissante Idiote — ne l'aurait-elle pas acceptée comme un ironique adieu ? Je n'ai vu aucun de ces films, pas même le dernier quoique son titre m'ait toujours plu. Je n'ai lu de la baronne ni ses romans, ni ses manuels de savoir-vivre. Je l'ai vue une ou deux fois à la télé, endurant avec le sourire les médiocres saillies de Laurent Baffie. À la radio je l'ai entendue parler sans affèterie de sa carrière d'actrice, de ses anciens amants, de tous ces moyens de parvenir dont on aurait pu attendre qu'elle les cachât, par délicatesse pour son époux, par vanité ou par scrupule. Au contraire, elle raconte avec forfanterie qu'elle a inspiré à Brassens éconduit Une Jolie Fleur, ou bien que la sœur de feu Boris Vian lui révéla l'inconsolable peine d'amour qu'elle avait causée à l'écrivain. Elle a un petit rire alors, dénué de toute compassion, mais charmant tout de même : le rire d'une jeune fille pas mécontente du mauvais tour qu'elle a jouée. Sur les photos de sa jeunesse, elle a quelque chose d'une garce, une méchanceté dans le regard qui n'est peut-être due qu'à l'implantation très haute de ses sourcils, à moins que ce ne soit à la conscience du pouvoir que lui confère sa beauté. Je ne suis pas insensible à cet orgueil qui commande de ne rien cacher de sa trajectoire, pas même le plus vil, parce qu'on est avant tout fier de l'avoir soi-même tracée. 

 

 

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30 janvier 2019

Répertoire

Une jeune femme dans le cabaret, une collégienne, une danseuse nue dans la boîte de nuit, Gisèle, Ginette, une vendeuse, Amélie, la soubrette, Mathilda, Mlle Mado, Poupette, Lulu, une dame de la cour, Suzanne, une jeune femme dans sa baignoire, une entraîneuse, Loque, une fille du roi, Janine, la photographe, Amanda, Tania, Any, la chanteuse du saloon, Magali, une journaliste, une pensionnaire, Pitel, une fille à la cour des miracles, Sonia, Céleste, Arlette, Kiki, Juliette, une entraîneuse, Antoinette, Muguette, Sylvène, la jeune actrice entretenue, Arlette, la « pépée » qui aime le whisky, Maria, Clémentine, Zizi, Claire. Dans son dernier film, Une ravissante idiote, on ne sait pas ce qu'elle joue.

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