J’ai peu de souvenirs du joueur Didier Deschamps. Je moquais le manque de puissance de sa frappe de balle, je méconnaissais ses qualités techniques tant il en faisait peu étalage sur le terrain, probablement aussi ses qualités physiques à une époque où les statisticiens ne les quantifiaient pas. C’était ce qu’on appelait un porteur d’eau, au service de l’équipe et plus particulièrement de Zidane, un élément indispensable à la victoire : la seule image qui me reste, c’est d’ailleurs lui soulevant des trophées. Et sur le terrain, une habitude : se placer systématiquement devant le ballon quand l’adversaire obtenait un coup franc.  En rugby, un tel geste est sanctionné ; en football, il ne l’est quasiment jamais, et je me souviens qu’on le mettait plutôt au crédit de Deschamps et de la science tactique acquise en Italie — sans que je sois bien sûr qu’il l’ait appris là-bas.

J’aime bien Deschamps, je pense que contrairement à ce que croient beaucoup de Belges et de non Belges la France a été bien meilleure que la Belgique en demi-finale, qu’elle a été lamentable en première mi-temps contre la Croatie mais qu’elle aurait sans doute, sans l’aide de la VAR, réussi à s’imposer physiquement en seconde mi-temps, bref qu’elle mérite sa victoire lors de cette coupe du monde, et j’étais pourtant un peu amer dimanche que cela se soit passé ainsi, pas parce que notre jeu était défensif, cela n’a guère de sens, mais parce qu’il utilisait pour rompre la continuité du jeu des procédés de qualité inférieure. Seule la victoire est belle, dit-on. On se trompe. C’est l’histoire qui compte. Maintenant que nous avons gagné, nous allons peut-être pouvoir jouer.