Dans l'épisode 11 de la saison 4 de Breaking Bad, Ted Beneke bute légèrement dans un pli du tapis. Je me souviens avoir naïvement pensé que la chose était admirable : soit l'acteur avait réellement trébuché et la prise avait été conservée pour l'effet de réel, soit l'accident était scénarisé et laissait ouvert le champ des interprétations : était-ce là conséquence de la joie, de la peur, de la culpabilité, pourquoi pas une annonce obscure du destin ? Un peu plus loin dans l'épisode, on comprend que le tapis avait été froissé par les scénaristes, impitoyables Parques, pour préparer la chute fatale. Le petit coin de ciel bleu n'était qu'un trompe-l'oeil dans le plafond d'une prison. Le temps est non seulement long, mais il est clos. C'est sans doute pourquoi je préfère Mad Men à Breaking Bad : tout ne se limite pas à la question morale de la frontière du bien et du mal, on ne voit pas le fond de la psychologie des héros, il nous faut l'imaginer. D'un côté, une prise de courant, une bouche d'aération, pour cacher du poison ou de l'argent ; de l'autre, une tapisserie qu'un enfant arrache par lambeaux.