Je n'avais pas allumé la lumière dans l'atelier, bien qu'il fût en désordre, et je me pris les pieds dans le fil de l'aspirateur. Quatre lames de plancher, posées contre le mur dans l'attente d'une promotion au rang d'étagères, me tombèrent dessus ; elles auraient pu m'assommer, mais ma cuisse droite fut seule touchée. À l'endroit de l'impact, le muscle semblait comme creusé, il a retrouvé depuis apparence normale, quoique hésitant toujours entre le jaune et le violet. Comme ma maladresse avait causé un certain fracas, et que j'avais eu la faiblesse ensuite de le prolonger en exprimant ma douleur, je m'attendais à voir mes proches se précipiter à mon secours. Je restai quelque temps allongé sur le sol, pensif et pathétique, mais personne ne vint. Je songeais au temps lointain de l'enfance, aux parents qui vous consolent et vous relèvent, au temps aussi de la vieillesse que cette chute semblait annoncer : le corps fragilisé et solitaire ne se remet pas de ce genre d'accident, et les vieillards agonisent sur leur lit d'hôpital en appelant « maman ». Il nous faut nous relever seuls, et avancer malgré tout.