Hier soir, peinant à m'endormir, je pensais à cette date du premier avril et aux neufs mois qu'il restait à vivre de cette année 2019. Une semaine plus tôt, l'Annonciation proclamait Noël dans neuf mois. Ma conscience en voie d'évanouissement s'émerveillait de la coïncidence de la durée de la grossesse humaine, fût-elle divine, et de cette triade de saisons symbolisant la vie : printemps, été, automne, quand l'hiver n'est que le temps de la mort ou de la dormance. Je ne me contentais pas en mon assoupissement de noter après tant d'autres l'origine païenne, solsticiale, de la Noël chrétienne, mais je faisais de la juste durée de la gestation humaine l'origine de sa suprématie sur le règne animal et de son destin si singulier. Au réveil, je considérais ces réflexions avec la défiance qu'on a généralement pour la naïveté de Bernardin de Saint-Pierre devant un melon, et je jugeais ma bêtise au front de taureau tout à fait bovine : la gestation de la vache dure après tout neuf mois, elle aussi. Mais la nuit m'avait porté conseil, l'hiver du sommeil, cette petite mort, n'était pas passé sans fruit ; la mort fait partie de la vie, les gestations d'une année entière sont bonnes pour les ânes, l'interminable hiver de l'enfance humaine annonce un nouveau cycle aussi long que glorieux.