J'ai été surpris hier, devant le journal de France 2, que les incendies en Californie, les nombreux morts et disparus, la ville de Paradise comme soufflée, que tout cela ne soit abordé qu'un bon quart d'heure après le début du bulletin. Cela m'étonne d'autant plus que nous sommes habitués aux sempiternels reportages sur la neige à New York, et j'ai à peine fini de le faire remarquer que Laurent Delahousse, d'un ton guilleret, traverse les États-Unis pour annoncer que la neige est tombée pour la première fois de l'année sur New York. On peut se moquer de la place que prend la météo dans les journaux de Pernaut, mais accorder si régulièrement de la place à des intempéries qui ne nous concernent en rien est encore plus ridicule. Il faut croire que New York, ce n'est pas vraiment les États-Unis, c'est un peu l'Europe, c'est à la fois du passé et du présent, de l'histoire et ce qui la nie, des pionniers et nos maîtres présents. En 2001, après les attentats, Isabelle Alonso justifiait la profondeur de son affliction en expliquant que ce n'était pas les États-Unis qui étaient frappés, c'est-à-dire pas ces ploucs traditionalistes et violents du Texas ou du Wyoming, mais New York la progressiste, la destination de voyage, de tourisme ou d'affaires. La Californie peut bien se targuer d'être par son PIB la sixième puissance mondiale, devant la France, elle est trop loin, trop exotique, pas assez humaine pour ne nous être pas étrangère. Nos acteurs y tournent volontiers, s'y installent parfois, mais ils n'y réaliseraient pas un film comme Géraldine Nakache l'a fait avec le désolant Nous York, longue publicité ratée. Jacques Demy y a bien tourné Model Shop, mais c'était pour se rapprocher du vent de liberté hippie et des backrooms de San Francisco.