Ma modeste expérience de badiste amateur m'a appris ceci : il est contre-productif d'imaginer, dans l'attente du service de l'adversaire, le retour qu'on va jouer. Ce n'est pas que le service adverse rende ce coup impossible, l'amorti que nous avions prévu est une réponse possible à un service court comme à un service long, à un service sur le coup droit comme sur le revers. Précisément, c'est parce que notre imagination a conçu un coup possible quelle que soit la situation, que nous nous trouvons absolument démuni quand surgit le réel. Notre geste est comme lesté de la pensée qui le précède, nous sommes désynchronisé et faute d'un rythme heureux, notre amorti s'échoue dans le filet. Il ne faut pas pour autant s'abandonner à un refus misologique de la tactique, il est bon par exemple de se souvenir qu'un jeu long sur le revers de l'adversaire le mettra en difficulté ; mais il ne faut surtout pas penser à l'avance à ce coup judicieux, car alors le volant sera trop long, ou trop décentré. La tentation est grande de procéder ainsi, dans ces sports de raquette, parce qu'entre chaque point il y a ce temps mort qu'il est tentant de vivifier ainsi. La continuité du football, qui est la principale source de beauté de ce sport, ne tolère pas ces caprices de l'imagination. Tout juste la mi-temps permet-elle les réorganisations tactiques, quand ceux qui ne jouent pas peuvent persuader ceux qui momentanément ne jouent plus. L'arbitrage vidéo ne fait pas que rompre cette belle continuité, il la corrompt en prétendant imposer une vérité hors du temps, c'est-à-dire une illusion.