Je n'ai jamais été plus ému, pendant cette Coupe du monde, qu'à la vue de ces images. J'avais joint la foule en liesse, à la recherche de communion, mais il y avait un anachronisme entre la victoire et la joie, qui m'avait laissé un peu en retrait. Pour le dire vite, la fête était organisée avant l'heure, et n'avait pas de rapport avec la victoire : chacun voulait revivre la joie de 1998, et plus encore s'il ne l'avait pas connue. C'était une joie d'imagination qui se réalisait sans surprise, sans kairos. Et puis nous avions mal joué, l'arbitrage vidéo avait rendu la victoire suspecte — l'homme est la mesure de toute chose, je ne sais rien de plus sage — et Kanté lui-même n'était pas dans le rythme. Il y a tant de choses qui divisent, et si peu qui fassent l'unanimité : il a fallu attendre deux mois, mais ça y est, les choses sont rentrées dans l'ordre, et moi dans la foule.