Chaque cinquante-sept secondes, en France, un « artiste » prononce cette phrase : « En France, on aime les étiquettes », ou sa variante : « En France, on aime bien mettre les gens dans des cases ». Trois fois sur cinq il s'agit d'un acteur ou une actrice qui explique ainsi l'échec public d'une de ses incursions dans le domaine de la chanson, de la mise en scène ou de la littérature, domaines qui chacun demande quelque perfectionnement technique. Il n'est pas indispensable dans l'art de la comédie, où les héritiers pululent. Et pour un Guillaume Depardieu, grand acteur comique, combien de... Je ne donne pas de nom, pas par esprit de charité, mais parce que je n'en connais pas d'exécrables, tant il est facile d'être en la matière passable. Alors, cesse de geindre, comédien, tu sais bien au fond de toi que tes homologues américains évitent les étiquettes parce qu'ils ont appris tout à la fois à jouer, danser et chanter, qu'il arrive même qu'ils aient en plus beaucoup d'esprit et qu'ils ne jugent pas utile pour autant d'écrire des livres, d'enregistrer des disques ou de réaliser des films. Ils ont appris très tôt à être meilleurs que toi. Ce sont des enfants de la balle, non pas que leurs parents soient comédiens ou acrobates, quoique cela arrive, mais parce qu'ils ont grandi dans un spectacle généralisé. Plains-les, admire-les, travaille à les égaler, mais ne fais pas semblant de croire que là-bas ton talent serait mieux reconnu : c'est ton plus mauvais rôle.