Je tombe par hasard sur quelques minutes de L'Auberge espagnole, qui me plaisent plutôt. Judith Godrèche y est jolie, j'avais oublié qu'elle existait, une réminiscence pourtant m'assure du contraire : je l'ai revue il y a peu de temps. Mais non ! C'était Laetitia Hallyday. J'avais vu le film au cinéma, avec quelques amis, et je me souviens d'un franc enthousiasme : nous étions un peu plus jeunes que son héros, Barcelone n'était pas si loin et tout était encore possible. Nous regardions aussi les exploits de footballeurs plus âgés que nous en pensant « un jour, ça sera peut-être moi » ; quand nous avons atteint l'âge de nos idoles, nous nous identifiions encore ; désormais que nous sommes plus vieux que le plus chevronné de tous, nous n'avons plus qu'à nous souvenir : « je n'étais pas trop mauvais tout de même ». La dernière fois que j'ai tapé dans un ballon, après trois ans de pause, j'ai joué les deux tiers du temps dans les buts, je ne pouvais plus courir. A vingt ans, je me serais complu dans ce constat mélancolique ; mais si je n'ai plus mes jambes de vingt ans, je n'en ai plus non cette passion pour le malheur.