Une note pour dire que Johnny s'était choisi avec les Etats-Unis un modèle honorable, une autre pour déplorer le factice des célébrations officielles et supposer qu'il prend source dans une soumission de valet devant ce même modèle américain : il faut une note de synthèse pour essayer de me faire comprendre — et le fait de n'être pas lu ne doit pas me dissuader de le faire, c'est un confort, on gagne toujours à se passer d'un confort et toujours aussi à se rendre compréhensible. A la relecture, j'avais un peu honte de la formule "productions étasuniennes", c'est l'éternel problème de ces habitants sans nom propre, et le plus circonstanciel problème du soupçon d'anti-américanisme. Il y a dix ou quinze ans, c'était une arme de destruction massive, puis l'accusation de complotisme a pris sa place, puisqu'il n'y avait pas de raison d'être critique des Etats-Unis sous Obama, et une seule de l'être depuis : Trump lui-même.

Il y a quelques mois, le hasard m'a fait regarder consécutivement Crazy Amy de Judd Apatow et Joséphine d'Agnès Obadia. Il s'agit de deux comédies romantiques dont l'héroïne est une trentenaire presque jolie, l'une ossue l'autre fessue, admiratrice de Woody Allen, femme active accomplie en quête d'amour, et jalouse de sa sœur. Crazy Amy est inégalement drôle, Joséphine uniment pathétique ; l'un est écrit, l'autre pas, il a été vaguement dessiné, la bande dessinée n'est souvent que cela, l'alliance d'un demi-écrivain avec un demi-peintre, parfois il s'agit du même, souvent les fractions sont moins flatteuses. Ici la réalisatrice, sorte de Mouret au féminin, a un passé d'auteur, mais ce n'est qu'un passé et le film consacre l'alliance de deux paresses. Il n'y a aucune invention, même pas de savoir-faire, ce n'est pas un travail de faussaire, ce n'est pas un travail.

La rencontre entre les deux films n'était que fortuite et il ne faudrait pas en tirer des généralisations abusives, ni plus qu'une analogie avec le cas Johnny Hallyday. Les Américains sont de notre époque les maîtres du monde, d'autres civilisations avant eux l'ont été et chacune à son apogée s'est distinguée dans ses productions artistiques par le raffinement de son humour et la finesse de son analyse psychologique, qui ne sont peut-être que les deux facettes d'une même qualité — faute de mieux, nous la nommerons intelligence. A son apogée ? Peut-être cette qualité est-elle plutôt le propre des empires finissants, du moins vieillissants, plus lucides que conquérants ? Proust alors n'enterrerait pas que l'aristocratie en voie de disparition, mais aussi la France de la Belle Epoque.  Qui sait ? Pas moi, qui voudrais simplement que les Etats-Unis nous servent de surmoi plutôt que d'Idéal du Moi, qu'autonomes nous soyons capables d'obéir à notre propre loi, d'autant qu'elle est universaliste, plutôt par exemple qu'à ce commandement ignoble « le temps, c'est de l'argent ». Le temps, c'est tout sauf ça.