Le temps passe, et les hommes. Je trouvais qu'on en faisait beaucoup pour d'Ormesson, et je ne parle pas du Pléiade, mais ce n'est rien comparé au flux continu d'hommage à Johnny. Cela rappelle un peu le décès de Jean-Paul II, en pire, c'est-à-dire avec twitter et BFMTV, et des programmes nécrologiques impudiquement fignolés.  Ce n'était pas rien, Johnny Hallyday, c'est ce qui ressemblait le plus par chez nous à Johnny Cash. Il était inexportable parce qu'il était très français au fond, sans l'être d'apparence.  Il avait rapporté d'Amérique des motos infectes et des tatouages grotesques, mais pas que : je l'avais vu en concert, il y a trois ans, presque malgré moi, et il m'avait impressionné par son énergie et ses quatorze ou seize musiciens, dont une section de cuivre (je n'en ai vu qu'à une autre occasion, un concert gratuit d'Herbert Léonard, en 2006, sur la plage du Havre — il ne dégageait pas la même puissance, évidemment, mais j'avais été surpris d'apprendre qu'il aimait la soul et ambitionnait à ses débuts d'être une sorte d'Otis Redding français : il faut croire qu'on contrefait plus facilement Elvis qu'Otis...). Il y a toujours du mérite à se choisir pour père un puissant, Beyle n'aurait pas été Stendhal sans Napoléon.