Je croise beaucoup d'automobilistes corses, et ce n'était pas sans une certaine fierté que je les voyais traîner dans nos parages, apparemment non dénués de la beauté qu'un lieu commun associe à leur île, lointaine. J'ai appris depuis que ce sont en fait des indigènes, souvent jeunes, qui profitent de la latitude offerte par les nouvelles plaques où l'indication géographique n'est que décorative, pour décourager d'un 2A ou d'un 2B menaçant tout vandale ou conducteur belliqueux. Le Corse fait peur, il semble qu'on soit enclin à l'imaginer sauvage, ou bien truand, ou chaînon d'un clan qu'il serait imprudent d'agacer, volontiers armé en tous les cas, et, dans l'imaginaire de mes jeunes pays, plus respectable qu'un Creusois ou qu'un Héraultais. Et je ne suis pas sans admirer dans cette stratégie adaptative quelques traces de mètis.